Vous connaissez sans doute le concept à la mode de curation ?

« La curation de contenu est une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du web pour une requête ou un sujet donné. ... » http://fr.wikipedia.org/wiki/Curation_de_contenu

En gros et en français trivial, ceci se résume souvent à pomper sur ses petits camarades. Mais la "pompation" ça ne fait pas trop web 3.0 alors on dit « curation » et donc, le monde se divise désormais en deux catégories les curateurs et les curés …

Référence subtile "le monde se divise en deux catégories"

La question m'intriguait depuis un moment, j'avais pris d'ailleurs quelques notes là-dessus, trouvé un titre qui outre le fait de contenir un jeu de mots assez médiocre, est au regard des pratiques du web est très mauvais. Pourquoi mauvais ? Simplement parce que ce genre de titre n'est pas bon pour le référencement naturel puisqu'il n'a pas de rapport, pour un robot d'indexation s'entend, avec le sujet, un humain lui finira par percuter même s'il le trouve un peu naze ce titre. Et c'est bien la question de fond le comportement dicté aux humains par les moteurs de recherche.

Deux raisons me poussent finalement à boucler ce billet. La première est, qu'en tirant la langue sur les contenus du site, et avouons-le, en jetant un oeil sur les sites des confrères, je me rends compte que les agences qui proposent des services de référencement naturel  ( c'est à dire, pour résumer à l'extrême faire en sorte que votre site sorte le plus haut et le plus souvent possible dans les résultats des moteurs de recherche ) pratiquent à merveille un exercice de style à la Queneau, ou façon monsieur Jourdain pour les moins doués, qui consiste à dire la même chose en d'autres mots, d'autres tournures, mais en faisant en sorte d'adopter la structure sémantique qui plait à Google pour être bien sûr placé sur ce terme "Référencement naturel". C'est ce que d'ailleurs je suis en train de tenter de faire sur cette page qui propose nos services de référencement et qui pour l'instant est en jachère et dont vous pouvez vous dispenser de la lecture.

La seconde, est, cette campagne lancée sur Twitter il y a quelques jours par Actualitté - le site francophone de référence sur le livre et l'édition, qui s'est fait curer profond par Kombini, un site d'informations grand public qui met parfois sur les trottoirs modernes que sont les réseaux sociaux,  ce que l'on nomme vulgairement des "putes à clic"  comprenez : des articles extrêmement racoleurs.

Actualitté donc, comme ils l'expliquent fort bien dans cet article, s’est fait piller un de leur sujet par Kombini. Rien de nouveau dans le monde de l'édition et de la presse me direz-vous ? L'information coûte cher, les journalistes dans leur immense majorité sont de plus en plus précaires et donc on pique, pille, plagie. Les moins sauvages ont la décence de citer leurs sources, voire d'apporter un véritable service aux lecteurs en se basant sur un sujet en langue étrangère qui leur aurait sans doute échappé. C'est le cas de l'article d'origine d'Actualitté qui reprend un sujet, fait pour le coup sur le terrain par les journalistes italiens de la Republica, et le valorise en français.

Une affaire de plagiat parmi tant d'autres qui existent, j'imagine, depuis Gutenberg qui n'a pas dû s'emmerder à négocier les crédits d'auteur avec les moines copistes  originels ...  Mais pas seulement, ce qui est foncièrement différent aujourd'hui c'est qu'outre la pression sociale et financière portée sur les titres de presse, la mécanique de la visibilité sur internet impose ce genre de pratiques !

Plusieurs critères utilisés par les moteurs de recherche pour juger et classer les sites sont à l'origine de cela, pour apparaitre en haut des pages de Google :

Il faut du contenu frais, récent  - Il en faut beaucoup et régulièrement alors on fait de la "curation" - on lit, on traduit, parfois l'on paraphrase ou même chaparde. Cet article originel est ainsi repris sur différents sites en France sur Konbini, le bonbon, Swigg ...  en Italie bien, mais aussi en Turquie, aux états-unis sur Trill, en Belgique sur la version locale de Paris Match ... J'en oublie sans doute. Renommée étonnante pour un bouquiniste au fin fond de l'Italie.

Et surtout, il faut des liens, depuis les pages, et depuis d'autres sites vers ces pages  alors on étale les contenus, fait prendre à un sujet tellement d'angles différents que l'on en arrive à la créativité d'un Kamasutra. Les sujets sont disséminés sur le web, sur des blogs, des sites partenaires ...  et bien sûr en un nombre maximum de répliques sur les réseaux sociaux ou site de curation. C'est le cas de cet article qui est repris sur Itrack, Straat etc ... et pointe sur Konbini...

Alors j'en ricane, mais si la guerre déclarée entre ces deux sites peut prêter, de l'extérieur en tout cas, à sourire ce n'en est pas moins alarmant. En termes de droit, de propriété intellectuelle évidemment. En termes de contenu, de sens, de culture d'autre part car c'est un volume considérable de contenus insipides qui envahissent les écrans. Car avouons le si l'initiative est louable elle ne mérite sans doute pas un tel traitement international.   Mais aussi en termes d'impact environnemental, c'est bien sûr impossible à évaluer mais je pense que l'on pourrait éteindre un certain nombre de centrales nucléaires en éliminant tous ces contenus débiles mâchés et déglutit des dizaines de fois.